Comment apprendre à son enfant à répondre aux moqueries ?

Ton enfant rentre de l'école un peu éteint. On s'est encore moqué de lui, et tu cherches la phrase à lui souffler pour la prochaine fois.

Je comprends ce réflexe. J'ai vu beaucoup de parents chercher la réplique parfaite… et beaucoup d'enfants l'oublier pile au moment où il fallait la dire.

Bonne nouvelle : répondre aux moqueries, ça s'apprend. La phrase n'est qu'une petite partie de la réponse. Le reste passe par ce que ressent ton enfant, par son souffle, sa voix et sa posture. Et tout ça, vous pouvez l'entraîner ensemble à la maison.

Ignorer les moqueries : oui, mais pas n'importe comment

« Ignore-les, ils finiront par se lasser. » On l'a tous dit un jour. Et parfois, ça marche. Tout dépend de ce qu'il y a derrière.

Le psychologue Paul Watzlawick et ses collègues l'ont résumé en une phrase : « On ne peut pas ne pas communiquer. » [1]

Autrement dit, même quand on se tait, on envoie un message. Le silence, le regard, la posture parlent à notre place. Un enfant qui se fige et accélère le pas dit quelque chose, et celui qui se moque le lit très bien.

C'est pour ça que choisir d'ignorer, tête haute et air tranquille, est une vraie réponse. Ne pas oser répondre et encaisser en silence, c'est très différent : là, l'enfant subit, et ça se voit.

Une adolescente au regard absent, assise près d'une fenêtre à travers les stores

Pourquoi une bonne réplique ne suffit pas toujours

La réplique préparée à l'avance a deux limites.

D'abord, la situation n'est jamais celle qu'on avait prévue. Il a répété une réponse sur le foot, et ce jour-là, c'est sur ses chaussures que ça tombe.

Ensuite, la phrase ne change pas la voix. Quand on a peur, la voix monte, le débit s'accélère, le souffle se raccourcit. Une réplique dite d'une toute petite voix, les yeux baissés, a peu de chances de produire l'effet espéré. À l'inverse, un simple « Ah bon. » dit calmement, en regardant l'autre, peut suffire à désamorcer.

Une équipe canadienne qui a filmé de vraies scènes de harcèlement en classe a observé que les réponses agressives des enfants visés tendaient à faire durer l'épisode, alors que les stratégies de résolution de problème étaient associées à son apaisement [2].

Une femme respire profondément, le visage tourné vers le soleil Un adolescent parle dans un mégaphone sur fond rose Une petite fille en cape de super-héroïne prend une posture de force

Ce qui se joue avant les mots

Orthophoniste de formation, je travaille au quotidien la voix, la posture et la communication depuis 14 ans. Quand un enfant vient me voir à cause de moqueries, c'est par là que je commence.

L'émotion. Quand la moquerie tombe, le corps réagit avant la tête : boule dans la gorge, chaleur, ventre noué. Tant que cette vague est là, la phrase répétée la veille reste coincée. Ton enfant ne réagit pas « mal » : il est submergé. La première étape, c'est d'apprendre à reconnaître ce qui monte et à le laisser redescendre.

La posture. Garder les épaules ouvertes et tenir le regard une seconde de plus. Ce sont souvent ces détails que les autres perçoivent en premier.

Le souffle. Expirer lentement avant de parler. C'est tout simple, et ça change beaucoup : la voix redescend, et l'enfant gagne une seconde pour réfléchir.

La voix. Parler lentement, un peu plus bas, juste assez fort pour être entendu.

4 exercices ludiques pour apprendre à se défendre verbalement

Dix minutes, pas de matériel, et de préférence le week-end, loin de la pression du lundi matin.

La voix enregistrée. Enregistre ton enfant en train de dire une phrase banale (« Je vais chercher le pain »), puis réécoutez-la ensemble. La plupart des enfants sont très surpris de s'entendre. C'est le point de départ idéal pour jouer avec sa voix.

Le ralenti. Même phrase, deux fois moins vite. Puis encore plus lentement, façon paresseux. Ça fait rire, et il découvre qu'il peut décider de son débit.

Le « non » qui tient debout. Demande-lui n'importe quoi (« Tu me donnes ton dessert ? ») et il refuse, sans « désolé » et sans se justifier. Recommencez jusqu'à ce que le non soit clair et tranquille. C'est plus difficile qu'il n'y paraît, y compris pour les adultes !

Le jeu de rôle. Tu joues celui qui se moque, il s'entraîne à répondre. Deux règles : c'est lui qui choisit les phrases que tu as le droit de dire, et il peut tout arrêter avec un mot magique convenu à l'avance. Cet exercice vient du théâtre d'improvisation, que je pratique depuis des années : on n'y apprend pas à réciter, on apprend à réagir à l'imprévu.

Pour aller plus loin, je te propose aussi trois exercices pour répondre aux moqueries, autour de la posture, de la respiration et des réponses courtes.

Et un petit conseil : ne lui promets pas que ça marchera du premier coup. C'est un apprentissage, un peu comme le vélo.

Moqueries ou harcèlement scolaire : quand les adultes doivent intervenir

Ces exercices aident face aux moqueries ponctuelles et aux petites vannes du quotidien. Ils ne suffisent pas à faire cesser un harcèlement.

Quand les moqueries se répètent, qu'un groupe s'acharne, qu'il y a des menaces, des coups ou des messages sur le téléphone, la protection de ton enfant revient aux adultes : l'établissement, le protocole pHARe, et parfois plus. Ton enfant n'est jamais responsable de ce qu'il subit, qu'il sache répondre ou non.

Pour faire la différence, tu peux lire comment savoir si mon enfant est harcelé. Et si c'est le cas, voici que faire en 7 étapes.

Si ton enfant exprime des idées noires, appelle le 3114 (24h/24), ou le 15 en cas d'urgence.

Et si ton enfant a besoin d'un coup de pouce

Certains enfants connaissent les bonnes réponses par cœur… et n'arrivent pas à les sortir face aux autres. C'est très fréquent.

C'est justement ce que je travaille dans mon accompagnement INATTAQUABLE : apaiser les émotions, trouver une voix et une posture plus stables, et s'entraîner, par des jeux de rôles, à des réponses posées, parfois inattendues ou pleines d'humour. Toujours avec toi parent, et en parallèle de ce que fait l'école.

Une maman m'a raconté que sa fille de 5 ans avait rêvé qu'elle se battait contre l'enfant qui l'embêtait… et qu'elle gagnait. Évidemment, l'objectif n'est pas qu'elle se batte en vrai ! Mais ce rêve en dit long : dans sa tête, elle n'était plus celle qui subit. Cette même maman me disait aussi :

« De voir ma fille s'imaginer en dragon super-héros, gentil, mais qui se laisse pas faire. Ça fait plaisir de voir ça. »

Si tu veux qu'on en parle, je te propose un appel Clarté gratuit de 20 minutes pour faire le point sur la situation de ton enfant.


Sources

  1. Watzlawick P., Beavin J.H., Jackson D.D. (1967). Pragmatics of Human Communication. W.W. Norton. Traduction française : Une logique de la communication, Seuil, 1972.

  2. Mahady Wilton M.M., Craig W.M., Pepler D.J. (2000). Emotional regulation and display in classroom victims of bullying: characteristic expressions of affect, coping styles and relevant contextual factors. Social Development, 9(2), 226-245. https://doi.org/10.1111/1467-9507.00121

Écrit par :

Line Herzog

Coach anti-harcèlement scolaire à Montpellier et en visio. Orthophoniste depuis 14 ans, créatrice de la méthode INATTAQUABLE.

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