3 exercices contre les moqueries Ă  faire avec ton enfant

Si tu es là, c'est probablement que tu as l'impression de ne plus savoir quoi faire. Tu as parlé à l'école, tu as rassuré ton enfant, tu as peut-être cherché des phrases à lui donner — et tu as le sentiment que rien ne prend vraiment.

Alors je te propose quelque chose de très concret. Trois exercices que j'utilise en séance, tout simples, que tu peux faire à la maison.

Et je te préviens : ça se joue. Il y a un super-héros, des couleurs, et un jeu de rôle où c'est toi qui fais la méchante. Les enfants adorent, et c'est justement ce qui les fait fonctionner — on apprend infiniment mieux en s'amusant qu'en s'appliquant. C'est même le premier bénéfice de ces exercices : ils rendent à ton enfant un moment de légèreté sur un sujet qui l'écrase.

Ils avancent en parallèle des démarches auprès de l'école, qui restent indispensables.

Laisse-leur quelques semaines : ce sont des compétences, et une compétence se construit comme le vélo — ça résiste, ça résiste, et un jour c'est acquis.

Pourquoi ces trois-lĂ 

Quand une moquerie tombe, trois choses arrivent presque en même temps chez ton enfant : une vague d'émotion, un corps qui se referme, et une bouche qui ne trouve rien à dire.

C'est une réaction de protection tout à fait ordinaire, et elle échappe complètement à sa volonté. Si tu t'es déjà retrouvée sans voix face à une remarque désagréable, tu sais exactement de quoi il s'agit.

Ce qui est intéressant, c'est que la façon dont il réagit change la suite. En filmant de vraies scènes de cour de récréation, une équipe canadienne a observé que les enfants qui réagissent émotionnellement — que ce soit par la soumission ou par la colère — voient le harcèlement se prolonger, tandis que les réponses de résolution de problème sont associées à un apaisement de l'épisode [1].

Les trois exercices qui suivent travaillent chacun l'un de ces points : le corps, l'émotion, la réponse. Et l'ordre compte : un enfant submergé par ce qu'il ressent garde la bouche fermée, quelles que soient les phrases qu'il a préparées. Le corps et la respiration d'abord, les mots viendront après.

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Exercice 1 — La posture simplifiée de super-héros

Ce que vous faites ensemble.

  • Propose Ă  ton enfant de choisir un personnage qui lui donne de la force. Un hĂ©ros, un animal, quelqu'un qu'il admire. C'est vraiment lui qui choisit — c'est important, parce que ça ne fonctionne que si l'image lui appartient.

  • Ensuite, debout : les pieds bien Ă©cartĂ©s, les mains sur les hanches ou les bras levĂ©s, le menton horizontal, les Ă©paules ouvertes. Il tient deux minutes. Il peut fermer les yeux et penser Ă  son personnage.

Refaites-le chaque jour, si possible au même moment. Puis, quand la posture est bien installée, cherchez ensemble une version discrète : juste les épaules qui s'ouvrent et les pieds qui s'ancrent. Quelque chose qu'il peut faire dans un couloir sans que personne ne s'en aperçoive. C'est cette version-là qui lui servira vraiment.

Et une fois qu'elle est acquise, encourage-le Ă  la reprendre juste avant d'entrer : sur le trajet, devant la grille, dans le couloir. C'est exactement lĂ  qu'elle a sa raison d'ĂŞtre.

Pourquoi ça marche. Deux méta-analyses récentes, portant sur quarante puis cent dix-sept études, retrouvent des différences d'effets affectifs entre les postures ouvertes et les postures repliées [3]. Ce qui change, c'est le sentiment de force que l'on éprouve [2] : ton enfant se sent plus solide. Et ce qu'il ressent, les autres le perçoivent — un enfant qui occupe sa place envoie un signal très différent de celui qui se recroqueville [1].


Exercice 2 — La respiration en couleurs

Ce que vous faites ensemble.

Installez-vous au calme, assis.

  • Demande-lui d'associer une couleur Ă  ce dont il a besoin : le bleu pour se sentir en sĂ©curitĂ©, le vert pour la confiance, ou tout autre chose. LĂ  encore, c'est lui qui dĂ©cide.

  • Puis il inspire en imaginant cette couleur qui entre et se rĂ©pand doucement.

  • Il expire en imaginant sortir ce qui le gĂŞne : la boule dans la gorge, le nĹ“ud dans le ventre. L'expiration doit durer plus longtemps que l'inspiration.

    Cinq ou six respirations suffisent largement.

Une fois que ton enfant sait le faire tranquillement à la maison, il peut s'en servir n'importe où — dans la voiture le matin, aux toilettes de l'école, avant une récréation qu'il redoute. Ça reste totalement invisible de l'extérieur, et c'est justement l'intérêt.

Ce qui compte, c'est la longueur de l'expiration, et le fait que ton enfant ait une image à laquelle se raccrocher. Enfant et même ado, « détends-toi » reste une consigne abstraite ; une couleur qui remplit le ventre, ça parle tout de suite.

Pourquoi ça marche. La façon dont un enfant/ado gère ce qu'il ressent pèse directement sur la suite : les réactions de colère ou de honte annoncent plutôt une aggravation, les réponses posées plutôt une amélioration [4].

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Exercice 3 — Les réponses courtes et calmes

Ce que vous faites ensemble.

  • PrĂ©parez trois ou quatre rĂ©ponses très courtes, et surtout très calmes. Oublie les punchlines : cherchez plutĂ´t des phrases qui laissent l'autre les mains vides.

Trois familles fonctionnent bien.

Le désaccord tranquille. « C'est ton avis. Moi je me trouve bien. » Une affirmation, point final.

Le minimum. « Ah bon. » « Si tu veux. » « OK. » Dit d'un ton égal, en s'éloignant doucement.

L'absurde amusé, pour les enfants qui ont de l'humour et à condition qu'ils s'y sentent à l'aise. « Tu me colles tellement, t'es amoureux de moi ou quoi ? » Attention tout de même : cette famille-là se retourne facilement dès que le ton devient agressif ou blessé. Réserve-la aux enfants qui la portent avec aisance.

Le plus important, c'est le ton : lent, posé, presque banal. La phrase compte bien moins que la façon de la dire.

  • EntraĂ®nez-vous en jouant la scène : tu fais l'Ă©lève qui se moque, ton enfant rĂ©pond. Deux règles, et j'y tiens vraiment : c'est lui qui dĂ©cide des phrases que tu as le droit d'utiliser, et il peut arrĂŞter quand il veut avec un mot convenu Ă  l'avance. Ces deux règles font toute la diffĂ©rence entre un entraĂ®nement et une remise en scène.

Pourquoi ça marche. C'est l'exercice le mieux étayé des trois. Une étude finlandaise de référence a distingué trois façons de réagir chez les enfants harcelés : la contre-agression, l'impuissance — pleurer, s'enfuir, refuser d'aller à l'école — et la nonchalance, qui consiste à rester calme sans donner les signes attendus. Seule la nonchalance fait diminuer la victimisation [5]. Et même parmi les enfants qui cherchent activement une solution, la grande majorité choisit une réponse passive plutôt qu'une réponse affirmée, pourtant plus efficace [6].


Ce que ces exercices ont changé pour Joseph

Joseph — appelons-le ainsi — était en CM2 quand je l'ai accompagné. Il arrivait avec un problème dont on parle rarement : il se retenait de se défendre, complètement.

C'était plus subtil que de la timidité. Il avait compris que dès qu'il réagissait, c'est lui qu'on punissait. Coincé entre subir et être sanctionné, il avait choisi de subir. Et il portait ça tout seul depuis des mois.

Ces trois exercices lui ont d'abord servi à sortir de cette impasse, et c'est peut-être leur plus grande vertu : une réponse calme lui restait permise. Une posture ouverte aussi. On lui a simplement rendu un terrain sur lequel il avait le droit de jouer.

C'est souvent là que les choses se débloquent : le jour où l'enfant découvre qu'il a le droit d'exister autrement.

Le prénom et l'ensemble des détails ont été modifiés pour préserver son anonymat.

Ce que ces exercices couvrent, et ce qui demande autre chose

Ces exercices aident face aux moqueries, aux vannes répétées, à la mise à l'écart ordinaire — c'est-à-dire l'immense majorité des situations.

Face à de la violence physique, à des menaces ou à un harcèlement organisé par un groupe, la réponse appartient aux adultes : à l'établissement, au protocole pHARe, parfois à la justice. Ce serait injuste de faire porter ça à ton enfant.

Si ton enfant exprime des idées noires, le 3114 répond 24h/24. En cas de danger immédiat, le 15.

Et ensuite ?

Ces trois exercices sont un point de départ.

Ils représentent aussi une toute petite partie de ce que je fais en séance. L'accompagnement complet se déroule sur huit séances, et il travaille bien plus largement : la régulation des émotions dans la durée, la voix et le souffle en profondeur, la confiance corporelle, les compétences qui protègent au quotidien — dire non, poser une limite, demander de l'aide au bon moment — et un vrai volet avec les parents. Ce que tu viens de lire, c'est l'équivalent de trois outils sortis d'une boîte qui en contient beaucoup d'autres.

Certains enfants avancent très bien avec ces trois-là seuls. D'autres ont besoin qu'on aille plus loin : parce que l'émotion revient trop fort, parce que la posture se défait dès qu'il y a du monde, parce que le lien de confiance se construit mieux avec quelqu'un d'extérieur à la famille.

Si tu veux qu'on regarde ensemble oĂą en est ton enfant, on peut simplement en parler.


Sources

  1. Mahady Wilton M.M., Craig W.M., Pepler D.J. (2000). Emotional Regulation and Display in Classroom Victims of Bullying. Social Development, 9(2), 226-245.

  2. Ranehill E. et al. (2015). Assessing the Robustness of Power Posing. Psychological Science, 26(5) — effets hormonaux et comportementaux non répliqués, effet confirmé sur le sentiment de puissance ; position publique de Dana Carney sur la non-validité de l'effet initial.

  3. Elkjær E. et al. (2022) et Körner R. et al. (2022), méta-analyses sur les effets des postures expansives et contractées.

  4. Kochenderfer-Ladd B. (2004), travaux sur les réponses émotionnelles des enfants harcelés.

  5. Salmivalli C., Karhunen J., Lagerspetz K.M.J. (1996). How do the victims respond to bullying? Aggressive Behavior, 22(2), 99-109.

  6. Synthèse Social and Emotional Learning and Bullying Prevention, University at Buffalo.

Écrit par :

Line Herzog

Coach anti-harcèlement scolaire à Montpellier et en visio. Orthophoniste depuis 14 ans, créatrice de la méthode INATTAQUABLE.

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