Ton enfant vient de te dire qu'il est harcelé à l'école.
Ou peut-être qu'il n'a encore rien dit clairement, mais tu sens que quelque chose ne va pas : des moqueries qui reviennent, un groupe qui l'exclut, des messages blessants, la peur d'aller en cours, cette boule au ventre qui apparaît chaque dimanche soir…
Et maintenant ?
Quand on découvre que son enfant est victime de harcèlement scolaire, le premier réflexe est souvent de vouloir agir tout de suite. Appeler l'école, demander des explications, savoir qui est impliqué, trouver une solution rapidement.
Et il y a de bonnes raisons de prendre la situation au sérieux. Les conséquences du harcèlement peuvent dépasser largement les moments où les faits se produisent. Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2017 retrouve notamment des associations entre victimisation, anxiété, dépression, solitude et difficultés scolaires [2].
Dans les jours qui suivent, deux choses vont être importantes : mobiliser les adultes pour protéger ton enfant et faire cesser les violences, tout en l'aidant progressivement à retrouver des ressources pour qu'il se sente moins démuni face à ce qu'il vit.
Ce deuxième point est particulièrement intéressant. Une méta-analyse publiée en 2023, regroupant 53 études et plus de 71 000 adolescents, retrouve chez les élèves victimes une association, de faible ampleur, entre le harcèlement scolaire et un plus faible sentiment d'efficacité personnelle, c'est-à-dire la perception que l'on a de sa capacité à faire face à une situation et à agir [1].
Alors, concrètement, que faire quand son enfant est harcelé à l'école ?
Voici 7 étapes pour y voir plus clair et savoir par où commencer.
Ton enfant te dit :
« Ils se moquent de moi tous les jours. »
« Personne ne veut se mettre avec moi. »
« Ils m’attendent à la sortie. »
« Ils ont encore envoyé une photo de moi dans le groupe. »
Ton cerveau de parent risque immédiatement de passer en mode résolution de problème : qui ? Depuis quand ? Pourquoi tu ne me l’as pas dit ? Qu’est-ce que tu leur as répondu ? Tu en as parlé au professeur ?
À cet instant, ton enfant a surtout besoin de sentir que tu le crois et que tu prends ce qu’il raconte au sérieux.
Tu peux commencer simplement :
« Merci de me l’avoir dit. Raconte-moi ce qui se passe. »
Laisse-le raconter à son rythme. Tu auras ensuite le temps de préciser les faits et de chercher des solutions avec lui.
Le ministère de l’Éducation nationale recommande également de rassurer l’enfant, de l’écouter et de lui expliquer que les adultes sont là pour l’aider à faire cesser les violences [3].
Ton enfant doit surtout savoir qu’il n’a pas à gérer cette situation tout seul mais que tu ne feras rien sans lui en avoir parlé auparavant.
Une dispute, une remarque blessante ou un conflit ponctuel entre deux enfants ne suffisent pas à parler de harcèlement scolaire.
Le harcèlement s'installe dans la répétition et repose sur un rapport de force. Un enfant ou un adolescent se retrouve régulièrement exposé à des comportements qui le blessent, l'humilient, l'isolent ou l'intimident, sans parvenir à se défendre. Le ministère de l'Éducation nationale retient ainsi trois caractéristiques : un rapport de force et de domination, la répétition des agressions et l'isolement de la victime [4].
Ces comportements peuvent prendre différentes formes :
Les violences verbales : insultes, moqueries, surnoms blessants, humiliations, menaces…
Les violences physiques : bousculades, coups, gestes agressifs, affaires prises, cachées ou abîmées…
Les violences relationnelles : mise à l’écart, exclusion du groupe, rumeurs, rejet organisé…
Le cyberharcèlement : messages insultants, photos ou vidéos diffusées sans accord, montages, moqueries dans des groupes de discussion, commentaires blessants sur les réseaux sociaux…
Ces comportements peuvent se cumuler. Ce qui commence dans la cour ou en classe peut aussi se poursuivre sur le téléphone de l’enfant une fois rentré chez lui [3].
Essaie progressivement de comprendre ce qui se passe concrètement :
Que se passe-t-il exactement ?
Depuis combien de temps ?
À quelle fréquence ?
Où cela se produit-il : classe, cour, cantine, toilettes, trajet, réseaux sociaux… ?
Qui participe ?
Y a-t-il des élèves qui regardent, encouragent ou au contraire essaient de l'aider ?
Des adultes ont-ils déjà vu ou entendu quelque chose ?
Comment ton enfant réagit-il lorsque cela arrive ?
Tu n'as pas besoin d'obtenir toutes les réponses en une seule conversation. Certains enfants et adolescents racontent les choses petit à petit, surtout lorsqu'ils ont peur que le fait d'en parler aggrave la situation.
L'objectif, à ce stade, est d'avoir une vision suffisamment précise de ce qui se passe pour pouvoir agir.
À lire aussi : Comment savoir si mon enfant est harcelé ? Les signaux qui alertent vraiment.

Cette étape peut sembler très administrative alors qu'on aimerait simplement que quelqu'un intervienne. Elle est pourtant utile pour permettre à l'établissement de comprendre précisément ce qui se passe.
Commences à constituer une chronologie factuelle.
Par exemple :
Lundi 21 septembre – récréation de 10 h : deux élèves lui prennent son sac et le lancent plusieurs fois entre eux. X et Y sont présents.
Mardi 22 septembre – groupe WhatsApp : trois messages insultants et un montage photo.
Jeudi 24 septembre – cantine : plusieurs élèves refusent qu'il s'assoie à leur table et l'insultent.
Conserve également les messages, publications, photos ou vidéos. En cas de cyberharcèlement, pense à faire des captures d'écran.
Garde les échanges avec l'établissement et note les changements que tu observes chez ton enfant : peur d'aller à l'école/au collège, troubles du sommeil, douleurs abdominales, isolement, baisse des résultats, changement brutal de comportement…
Cette chronologie permet de passer d'un « Mon fils me dit qu'on l'embête beaucoup » à une description beaucoup plus précise : « Voilà ce qui s'est produit ces deux dernières semaines, à quels endroits et à quelle fréquence. »
L'Éducation nationale recommande aux familles de noter les dates, heures, personnes présentes, la description et la répétition des faits, et de conserver les éventuelles preuves [3].
C'est parfois l'étape qui inquiète le plus les parents.
« Et si ça empirait ? »
« Et s'ils disent que ce sont juste des histoires d'enfants ? »
« Mon enfant m'a fait promettre de ne rien dire. »
Ces craintes peuvent expliquer pourquoi certaines familles hésitent à signaler immédiatement la situation.
Lorsqu'un enfant ou un adolescent est victime de harcèlement, l'intervention des adultes est pourtant essentielle.
Prends rendez-vous avec l'école, le collège ou le lycée et expose les faits aussi précisément que possible.
Si tu ne sais pas comment formuler ta demande, j'ai mis un modèle de mail à personnaliser dans mon Kit d'urgence harcèlement scolaire, à télécharger gratuitement.
Pendant cet échange, tu peux poser des questions très concrètes :
Quelles mesures vont être mises en place pour protéger mon enfant ?
Qui sera son adulte référent ?
Comment les moments à risque vont-ils être surveillés ?
Comment allons-nous communiquer sur l'évolution de la situation ?
Le protocole national prévoit notamment l'accueil et l'écoute de l'élève victime, la mise en place de mesures de protection, le renforcement de la vigilance de la communauté éducative et la possibilité de nommer un adulte référent [4].
Le programme Phare prévoit également un protocole de traitement des situations de harcèlement, depuis leur signalement jusqu'à leur résolution [5].
Si tu hésites à contacter l'établissement, tu peux aussi joindre dès maintenant la ligne académique dédiée au harcèlement ou le 3018, le numéro national destiné aux jeunes victimes de harcèlement et de violences numériques [3][6].
Tu n'as donc pas à attendre que la situation devienne extrêmement grave avant d'alerter l'établissement.
Quand ton enfant souffre, l'envie d'appeler immédiatement l'autre famille peut être très forte.
Une confrontation directe risque de compliquer la situation, de déplacer le conflit entre les familles ou d'avoir des répercussions sur ton enfant à l'école ou au collège.
L'Éducation nationale recommande aux parents de ne pas gérer eux-mêmes la situation en contactant directement l'auteur des faits, car cela pourrait l'aggraver [3]. Passe plutôt par l'établissement et demande comment la situation va être prise en charge.
Cela ne signifie évidemment pas rester en retrait. Tu peux demander des nouvelles, garder une trace des échanges et vérifier régulièrement avec ton enfant si les faits continuent.

« Nous n'avons rien vu. »
« Ce sont des chamailleries. »
« Nous allons surveiller. »
Et quelques semaines plus tard, ton enfant rentre toujours avec la boule au ventre.
Si la situation continue malgré un premier signalement, demande un nouveau rendez-vous avec l'établissement. Reprends les faits de manière chronologique et demande précisément quelles mesures ont été mises en place, ce qui a été observé depuis votre premier échange et quelles sont les prochaines étapes prévues.
Si ce n'est pas déjà fait, contacte la ligne académique dédiée au harcèlement ou le 3018. Le ministère invite les familles à le faire lorsque la résolution du problème leur semble lente [3][6].
Tu as également le droit de déposer plainte. Le harcèlement scolaire est un délit prévu par l'article 222-33-2-3 du code pénal [3][4].
Ces démarches permettent de mobiliser les dispositifs officiels autour de la situation. Pendant ce temps, ton enfant continue à retourner en classe, à croiser les mêmes élèves dans les couloirs, à passer dans la cour et parfois à se retrouver face à une nouvelle remarque.
Un accompagnement individuel peut alors avoir sa place pour l'aider à retrouver de l'assurance, comprendre ce qui se joue dans certaines interactions, travailler sa posture, sa voix et ses réponses, puis s'entraîner concrètement aux situations qu'il rencontre.
C'est précisément cette dimension que je travaille dans mon accompagnement INATTAQUABLE.
À lire aussi : L'école ne fait rien contre le harcèlement : les recours.
Faire intervenir les adultes est indispensable. En parallèle, ton enfant ou ton adolescent peut avoir besoin de retrouver des ressources qui ont pu se fragiliser au fil des semaines ou des mois.
À force de subir, certains enfants et adolescents finissent par avoir l'impression qu'ils ne savent plus quoi faire. Ils surveillent davantage les réactions des autres, évitent certains endroits, baissent les yeux, n'osent plus parler ou anticipent la prochaine remarque avant même qu'elle arrive.
La notion de sentiment d'efficacité personnelle est particulièrement intéressante ici.
La méta-analyse de Liu et ses collègues publiée en 2023 a analysé 53 études représentant 71 661 adolescents. Les chercheurs observent une association négative, de faible ampleur, entre harcèlement scolaire et sentiment d'efficacité personnelle. Cette association se retrouve notamment chez les élèves victimes [1].
Il s'agit d'une corrélation : elle ne permet pas d'affirmer que le harcèlement fait baisser ce sentiment, mais elle invite à y prêter attention.
On peut donc travailler avec l'enfant ou l'adolescent pour l'aider à retrouver la sensation qu'il dispose de ressources lorsqu'une situation difficile survient.
Cela peut passer par la posture, la voix, le regard, l'identification des situations qui le mettent particulièrement en difficulté, l'entraînement à certaines réponses ou encore les jeux de rôle.
Il apprend également à repérer les situations dans lesquelles il peut répondre et celles où il vaut mieux s'éloigner et chercher immédiatement un adulte.
Petit à petit, l'objectif est qu'il puisse se dire :
« Je ne contrôle pas ce que les autres font. Je sais davantage quoi faire quand ça arrive. »
Chaque situation de harcèlement est différente. Selon ce que vit ton enfant ou ton adolescent, certaines questions vont devenir plus importantes que d'autres.
S'il n'ose plus répondre aux moqueries, s'il refuse d'aller à l'école/au collège ou si tu te demandes vers quel professionnel te tourner, j'ai consacré des articles spécifiques à ces situations :
Face au harcèlement, ton enfant doit pouvoir compter sur des adultes qui prennent la situation au sérieux, le protègent et interviennent auprès de l'établissement.
Il peut aussi avoir besoin de retrouver ce que les semaines ou les mois de harcèlement ont pu fragiliser : sa confiance, son assurance et surtout la sensation qu'il sait quoi faire lorsqu'une situation difficile se présente.
C'est précisément ce que je travaille dans mon accompagnement INATTAQUABLE.
Pendant 3 mois, j'accompagne individuellement les enfants et les adolescents victimes de harcèlement scolaire à partir des situations qu'ils rencontrent réellement : posture, voix, regard, réponses aux attaques, jeux de rôle et gestion de la peur.
L'objectif est qu'ils retrouvent progressivement cette force calme qui leur permet de se sentir plus assurés face aux autres et moins démunis lorsqu'une situation survient.
Si ton enfant ou ton adolescent est actuellement victime de harcèlement et que tu souhaites savoir si cet accompagnement pourrait lui convenir, tu peux réserver un Appel Clarté gratuit de 20 minutes (clique ici), sans ton enfant. Nous prendrons le temps de faire le point sur ce qu'il vit et sur ce dont il a besoin.
Sources
[1] Liu Y., Yu X., An F., Wang Y. (2023). School bullying and self-efficacy in adolescence: A meta-analysis. Journal of Adolescence, 95(8), 1541–1552.
Méta-analyse de 53 études représentant 71 661 adolescents (âge moyen : 12,7 ans). Elle retrouve une association négative de faible ampleur entre harcèlement scolaire et sentiment d'efficacité personnelle (r = −0,07), qui varie selon le rôle des élèves (victimes, auteurs, auteurs-victimes, défenseurs). L'association négative est notamment retrouvée chez les victimes.
Consulter l'étude
[2] Moore S. E., Norman R. E., Suetani S., Thomas H. J., Sly P. D., Scott J. G. (2017). Consequences of bullying victimization in childhood and adolescence: A systematic review and meta-analysis. World Journal of Psychiatry, 7(1), 60–76.
Revue systématique et méta-analyse de 165 études portant sur les conséquences de la victimisation pendant l'enfance et l'adolescence.
Consulter l'étude scientifique
[3] Ministère de l'Éducation nationale — Mon enfant est victime de harcèlement.
Recommandations officielles destinées aux familles concernant l'écoute de l'enfant, le recueil des faits, la conservation des preuves, le signalement à l'établissement, le recours au 3018 et le droit de déposer plainte.
Consulter les recommandations officielles
[4] Ministère de l'Éducation nationale — Qu'est-ce que le harcèlement ?
Définition du harcèlement scolaire (rapport de force, répétition, isolement de la victime), cadre légal et protocole national de prise en charge.
Consulter les informations du ministère
[5] Ministère de l'Éducation nationale — pHARe : un dispositif de lutte contre le harcèlement à l'école.
Présentation du programme Phare et du protocole de traitement des situations de harcèlement.
Consulter la page du programme Phare
[6] Association e-Enfance — 3018, numéro national pour les jeunes victimes de harcèlement et de violences numériques.
Numéro gratuit, anonyme et confidentiel, joignable 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, opéré par l'association e-Enfance.
Consulter le site du 3018
Ecrit par

Line Herzog
Coach anti-harcèlement scolaire
Consultations à Montpellier et en visio.
Créatrice de la méthode INATTAQUABLE.

À propos

Salut 👋 Je suis Line, Coach anti-harcèlement scolaire à Montpellier et en visio. Orthophoniste depuis 14 ans et
Créatrice de la méthode INATTAQUABLE.

Pour faire le point sur la situation de ton enfant, sans engagement.

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